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Déméter Les nouvelles de l'association U GRANU ANTICU Promotion des céréales anciennes

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Origine du blé

Par Déméter :: 24/03/2008 à 19:31 :: HISTOIRE

par Jean-Pierre Berthet

 

Si les espèces sauvages de blé ont résisté longtemps à l’action humaine, il n’en ira pas de même avec les espèces domestiquées par les semenciers. L’action des groupes comme Monsanto pourrait conduire rapidement, si nous n’y prenons pas garde, à la disparition de notre patrimoine céréalier, de façon trop rapide, sans avoir la certitude que nous avons gagné quoi que ce soit au change.

D'où la démarche de l'association qui cherche, sans se réfugier dans une nostalgie stérile, où l'on clamerait, l'oeil humide et la voix tremblante : "C'était bien mieux avant !", à retrouver un pain nourrissant et bienfaisant pour le corps, sans perdre de vue que sa démarche doit s'appuyer sur les dures réalités commerciales.

 

Mais, si l'on veut parler du blé ancien (U granu anticu), il convient de mieux connaître l'histoire du blé et savoir comment cet élément incontournable de notre alimentation quotidienne est arrivé sur notre table, depuis quelle région et par quel cheminement.

 

 

Agriculture, la révolution du Néolithique

 

La notion de "révolution néolithique" est apparue avec les travaux de Gordon Childe qui, le premier, vers 1930, a introduit la distinction entre les sociétés des chasseurs-cueilleurs du paléolithique et celles des premiers agriculteurs du néolithique. Son explication était climatique, la "révolution néolithique" semblait en effet liée à la fin de la dernière grande période glacière.

 

Le préhistorien Jacques Cauvin a le premier remis en cause le schéma chasseur-cueilleur = nomade, avec une agriculture qui aurait provoqué la sédentarisation. Pour lui, la fameuse "révolution néolithique" se définit comme le "début des premières manipulations par notre espèce de son milieu naturel" (Cauvin, Naissance de l’agriculture, Paris, CNRS éditions, p.11).

 

 

Diffusion et aire de répartition de l'engrain

(source http://museum.agropolis.fr)

 

La vraie révolution est spirituelle

Les fouilles archéologiques permettent à Jacques Cauvin d’avancer la date de 9000 av. J.-C. pour la révolution néolithique. L’aire des premiers agriculteurs semble se limiter à un noyau Levantin, dans les vallées du Jourdain et du Moyen Euphrate.

La révolution néolithique se compose d’une grappe d’innovations majeures, mais très peu dans l’outillage: "tous les outils nécessaires à la révolution néolithique proviennent des chasseurs-cueilleurs".

Ces innovations démontrent un nouveau système de pensée et se traduit dans des innovations dans l’habitat, - apparition d’édifices destinés à lutter contre les inondations (les premières murailles de Jéricho seraient en fait des digues) -, des aires de stockage dans les habitations, une réduction de la diversité alimentaire, par la consommation privilégiée de gros animaux comme l’auroch, et un "zèle domesticateur", qui se focalise sur les systèmes hydriques, les pois et céréales et les ovicapridés.

Ce "zèle domesticateur ne s’explique que par la recherche de la domestication pour elle-même et pour l’image qu’elle renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres" (Digard, L’Homme et les animaux domestiques). D’après Stéphane Callens, « Jacques Cauvin, 1998, Naissance de l’agriculture, Paris, CNRS éditions, 302 p. »

 

 

Diffusion du blé poulard (Triticum turgidum)

 

La sédentarisation est venue avant l’agriculture

« Si l’on considère aujourd’hui qu’un des principaux centres d’origine de l’agriculture a vu le jour au Levant, entre la fin de l’Epipaléolithique et le début du Néolithique, permettant entre autres l’émergence de la civilisation occidentale voici un peu plus de 10 000 ans, la date de l’initiation de la culture des blés dans ce secteur du globe est beaucoup plus discutée : elle se situerait, selon les archéologues, entre 8900 et 7000 av. J.-C.

Ceci correspond au début de la période du Dryas qui fut localement un épisode climatique de sécheresse et de refroidissement, qui a pu aboutir à l’arrêt progressif du mode de vie «chasseur-cueilleur» et entraîner la domestication de certaines plantes - dont les blés - et, via le stockage de stocks alimentaires, la création de premières communautés villageoises (Hayden, 1990 ; Wadley et Martin, 1993). » (Alain Bonjean, Histoire de la culture des céréales et en particulier du blé tendre (Triticum aestivum L.), Dossier de l'environnement de l'INRA, n° 21, p. 30)

 

 

On a longtemps rattaché, comme une conséquence logique, l’agriculture et la sédendarisation des groupes humains. Les dernières données archéologiques montrent des traces de sédentarisation antérieures au Néolithique et des communautés de chasseurs-cueilleurs ne répondant pas à la norme initialement définie.

« Les ethnologues ont depuis longtemps décrit des sociétés de chasseurs-cueilleurs « anormales », vivant en villages permanents, atteignant des densités élevées, bien au-delà des « seuils » définis classiquement pour des peuples chasseurs-cueilleurs, et inégalitaires de surcroît. » [Gilles Pison, La revolution neolithique remise en cause, dans Population, 41e Année, No. 2 (Mar. - Avr., 1986), pp. 372-375]

 

Poterie Jomon naissant, -10.000 à -8.000, (Musée National de Tokyo)

 

L’invention de la poterie fut souvent reliée à l’agriculture. Avec les nombreuses découvertes effectuées ces dernières années au Japon, on a constaté qu’à l’époque de Jomon - Xème – IIIème millénaire avant J.-C.- des peuples se sédentarisèrent et développèrent l’art de la poterie sans pour autant pratiquer la culture et l’élevage.

Il est donc tout à fait envisageable de considérer que, suite à l’épisode climatique de sécheresse et de refroidissement, des communautés de chasseurs-cueilleurs sédentarisés dans une zone géographique au climat propice ont pu commencer à influer sur la Nature au lieu d’en dépendre.

 

L'âge de blé

George Willcox, archéobotaniste au laboratoire Archéorient (CNRS/université Lyon 2), et Ken-Ichi Tanno, de l’Institut de recherche pour l’humanité et la nature de Tokyo, contestent la version d’une domestication rapide du blé en l’espace de 300 ans (How fast was wild wheat domesticated, Nature du 31 mars 2006).

Partant du principe que les épis de blé sauvage – on en trouve encore aujourd'hui dans la nature au Moyen-Orient – ont la particularité de perdre leurs grains à maturité tandis que chez les variétés cultivées, ces derniers ne tombent pas à terre et restent bien enfermés dans l'enveloppe.

 

Blé poulard

 

Cette différence est visible sur les balles (les enveloppes). Elles n'ont pas tout à fait la même forme si le blé est déhiscent (l'enveloppe s'ouvre pour laisser tomber le grain) ou pas. Les deux chercheurs ont donc eu l'idée d'analyser la forme des milliers de balles carbonisées, ramassées en Syrie sur quatre sites de fouilles archéologiques par des équipes françaises.

Il y a 10 000 ans, la balle était mélangée à la terre pour façonner les murs des maisons, formant alors une sorte de torchis. La domestication s’est effectuée, en réalité, sur 2000 ans, bien plus lente que ne le pensaient initialement les agronomes.

 

Une cueillette plus ancienne qu’on ne le supposait

La révolution fondatrice de l’agriculture, point de départ d'une courbe démographique et technique exponentielle, est à l’origine de nos sociétés. «L'agriculture, dit Georges Willcox, constitue le carburant des civilisations urbaines en Egypte, Mésopotamie, Grèce et Rome. C'est aussi l'origine de l'Europe, puisque l'agriculture, née au Proche-Orient, y est parvenue au terme d'un processus de diffusion.» 

 «Nous avons des preuves de cueillette qui remontent à près de 20 000 ans.»  « Dans les populations d'engrain sauvage », explique Willcox, « la plupart des épis voient leurs épillets tomber spontanément, dès la maturité. Quelques mutants, en revanche, conservent les leurs bien accrochés. Mais, picorés par les oiseaux ou d'autres animaux, ils n'ont guère l'occasion de se reproduire. La «marque» de la domestication, témoin que l'action de l'homme contrarie la sélection naturelle, se voit lorsque la céréale cultivée conserve ses épillets à maturité»

Blé tendre (triticum Aestivum L.)

Cette céréale exige un sol «libre», peu couvert par la végétation, donc sec, voire semi-désertique. D'où son absence des sols européens avant que l'homme ne l'y apporte. La sélection a lieu lors de la récolte. Quelle que soit la technique utilisée (faucille en bois et silex ou obsidienne collée au goudron, panier balayant les épis, arrachage à la main), elle tend toujours à favoriser la collecte des épis entiers des « mutants ».

 

Origine du blé européen

« En ce qui concerne la localisation de la domestication des blés, on considérait jusqu’à aujourd’hui qu’elle avait eu lieu dans le Croissant fertile, vaste territoire comprenant, selon les auteurs, la vallée du Jourdain et des zones adjacentes d’Israël, de la Jordanie et de l’Irak, voire de la bordure ouest de l’Iran.

Récemment, des scientifiques israéliens (Lev-Yadun et al., 2000) ont suggéré, sur la base de divers éléments botaniques, génétiques et archéologiques, que le creuset de notre céréaliculture se situerait en une zone plus limitée dudit Croissant fertile, localisée autour de l’amont du Tigre et de l’Euphrate, dans des territoires actuels de la Syrie et de la Turquie.

 

 

En effet, les progéniteurs des sept cultures fondatrices du Néolithique – engrain, amidonnier, orge, lentille, pois, vesce et pois chiche – se trouvent simultanément, ainsi que le lin, uniquement à l’intérieur de ce périmètre, même si la distribution des ancêtres du blé tendre dépasse ce cadre à l’est comme à l’ouest. De plus, hors de cette zone centrale, il n’existe pas pour l’heure de preuves archéologiques de formes domestiquées de céréales et de légumineuses antérieures à la période 7300 – 7000 av. JC, ce qui paraît confirmer son antériorité. » (Alain Bonjean, Histoire de la culture des céréales et en particulier du blé tendre (Triticum aestivum L.), Dossier de l'environnement de l'INRA, n° 21, p. 31)

 

Le touzelle est le Triticum aestivum, le froment proprement dit. Cette céréale est en fait le résultat d'un croisement entre une céréale déjà cultivée, le Triticum turgidum ou blé poulard et une graminée sauvage, Aegilops squarrosa. D'après les généticiens botanistes, cette graminée est originaire du bord sud-ouest de la Caspienne et c'est là que le contact entre les deux plantes s'est produit pour la première fois, vers - 6000.

Triticum aestivum est cultivé en Égypte dès l'aube de l'agriculture : des vestiges de cette céréale datant d'environ –5000 ont été trouvés au Fayoum. (Dimitri Meeks, directeur de recherche au CNRS, responsable du programme « Dictionnaire égyptien ancien-français » à l’Institut d’égyptologie François Daumas, Université Paul Valéry Montpellier III).

 

 De l'espèce sauvage à la variété domestique

« On suppose aujourd’hui qu’au début du Néolithique, après la longue période natoufienne1 de collecte d’épillets d’engrain et d’amidonnier sauvages, les premiers champs d’engrain et d’amidonnier cultivés à rachis fragile virent le jour sur les alluvions annuelles des fleuves du secteur ou sur les berges humides de mares de la même zone. Cette période aboutit à l’émergence des techniques de préparation du sol, du choix des semences et des dates de semis.

La seconde étape de la culture de ces blés aboutit à la conversion de terrasses alluviales anciennes, puis de prairies naturelles, en champs cultivés et, peut-être, à l’apparition des premières formes d’irrigation. C’est durant cette seconde phase que la domestication des blés aboutit à la sélection de formes domestiquées à rachis non fragile, permettant la récolte d’épis et non plus d’épillets, et à un regroupement de la phase de maturité des épis, qui a pu nécessiter le recours à la poterie pour la collecte et le stockage des grains.

 Blé sauvage (nord de la Syrie)

 

Ce processus de transition des formes cultivées sauvages aux premières populations domestiques fut certainement lent, d’autant plus qu’il a dû être ralenti par les flux de gènes provenant des formes sauvages poussant spontanément à proximité des champs de l’époque.

Il est également possible qu’en années difficiles, les premiers cultivateurs collectaient simultanément les formes sauvages et cultivées, en mélangeant la récolte, comme le pratiquent encore certains agriculteurs andins dans le voisinage du lac Titicaca, au Pérou, pour le quinoa. Cultivant Chenopodium quinoa, ils n’hésitent pas en effet à cueillir C. pallidicaule ou d’autres espèces apparentées, en année de disette, puis à en resemer en mélange un sous-ensemble des graines récoltées l’année suivante.

 

 

Le blé hexaploïde, T. aestivum à génome (BBAADD), est très vraisemblablement apparu uniquement après la domestication des blés diploïdes et tétraploïdes. On ne connaît pas d’ancêtre sauvage au blé hexaploïde cultivé : il existe bien une forme dite « semi-sauvage » de blé hexaploïde vêtu et à rachis fragile au Tibet, connue comme la ssp. tibetanum, qui est une forme adventice présente localement dans certains champs d’orge et de blé, mais, comme on ne connaît pas en Chine de formes de blés tétraploïdes sauvages cultivées ou ayant été cultivées, on considère que ce type de blé est issu d’un blé hexaploïde conventionnel par une mutation en retour à épi fragile.

 

Très probablement, le blé hexaploïde – dont le blé tendre, T. aestivum ssp. aestivum n’est que la sous-espèce aujourd’hui la plus largement cultivée - a pour origine géographique le Nord-Ouest de l’Iran et/ou le Nord-Est de la Turquie et résulte de l’hybridation entre blé tétraploïde cultivé - vraisemblablement ssp. parvicoccum ou ssp. dicoccon à génome (BBAA) - et la graminée sauvage, Aegilops taushii – génome (DD), suivie de doublement chromosomique spontané (McFadden et Sears, 1946).

 

Du fait de la grande variabilité des formes de T. aestivum, qui regroupe plusieurs sous-espèces à grain nu ou vêtu, on considère actuellement que l’espèce aurait une origine polyphylétique (note de GRANU ANTICU : qui provient de plusieurs types ancestraux), résultant d’un nombre incertain de croisements indépendants entre divers génotypes de blés tétraploïdes et plusieurs formes d’A. taushii. Ainsi, T. aestivum pourrait avoir une aire d’origine récurrente, dynamique dans le temps, recoupant les zones d’expansion des cultures de blés tétraploïdes. » [Alain Bonjean, Histoire de la culture des céréales et en particulier de celle du blé tendre (Triticum aestivum L.), Dossier de l’environnement de l’INRA, n°21, pp. 32-33]

 

Pain (coll. Musée de l'Agriculture ancienne du Caire)

 

Conclusion

De nos jours, on remarque que les mouettes, au lieu de vivre de la pêche, se nourrissent dans les décharges et se posent dans les champs, après le labourage. L’homme, par son action sur la Nature, modifie les modes de vie de la faune.

Ainsi, au Néolithique, les rongeurs vont s’attaquer aux récoltes stockées, donnant progressivement des souris « domestiques ». Leurs prédateurs naturels, les ancêtres de nos chats, vont conclure progressivement un pacte tacite avec l’homme. C’est peut-être l’origine de ce lien d’indépendance entre l’homme et le chat.

Ainsi, l'action de l'homme sur la Nature (et non pas contre) a induit des changements comportementaux qui font partie de notre quotidien, sans que l'on ne songe plus qu'il n'en fût pas toujours ainsi.

 

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